L’analyse des situations de travail conduit à distinguer :

La tâche : c’est ce qui est fixé dans des conditions déterminées par l’entreprise au salarié : elle est prescrite, contraignante et fixe les cadres de la tâche. Elle peut être matérialisée dans la fiche de poste.

L’activité réelle : c’est l’accomplissement de plusieurs tâches par le travailleur.

« L’activité est une stratégie d’adaptation à la situation réelle de travail, objet de la prescription. L’écart entre le prescrit et le réel est la manifestation concrète de la contradiction, toujours à l’œuvre dans tout acte de travail, entre ‘ce qu’on demande’ et ‘ce que ça demande’ ».

« Lorsqu’on arrive sur un lieu de travail, c’est comme si nous pénétrions sur une scène de théâtre où la représentation a déjà commencé : l’intrigue est nouée ». (Yves Clot)

Cette intrigue est nouée par ce qui était là avant, ce qui a déjà existé, et ce qui a déjà été fait.

Il s’agit de gestes, situations, problèmes, etc. qui ont déjà existé et ont été conservés par la mémoire collective au point de constituer une somme de savoir, de savoir-faire, de ressource etc. transmis en fonction d’échanges plus ou moins systématiques et exhaustifs, à travers des collectifs.

Ces collectifs transmettent des dispositifs ouverts de règles auxquels se tient, au moins pour un temps, un collectif de travail dans l’usage des objets et dans l’échange entre les sujets.

Les prescriptions faites au travailleur à savoir les fiches de poste, les règlements et toutes les autres prescriptions établies par la direction d’une entreprise ne suffisent pas pour réaliser un ensemble de tâches plus ou moins complexes.

Savoir ce qui est sur une fiche de poste ne suffit pas pour réaliser une tâche : toute une somme de trucs, astuces, ficelles, doit être acquise afin de pouvoir mener à bien une activité ; ces « trucs et astuces » sont communiqués par les autres personnes avec qui œuvre un salarié. Ils émanent de l’activité réelle des opérateurs, du fait de sa confrontation à la matière (résistance des matériaux, imprévus, aléas), au vivant (diversité et variabilité humaine), au psychique (subjectivité), au social (coordination et coopération, règles de métier, débat de normes).

On ne fait jamais exactement ce qui est prescrit. Réaliser mot pour mot les prescriptions reviendrait à bloquer le fonctionnement de l’organisation, c’est d’ailleurs le principe de la grève du zèle.

Le « réel du travail » dépasse largement le prescrit et c’est grâce à la transmission d’une histoire par le collectif, une histoire pleine d’astuces et de trucs que le travailleur peut réaliser son activité de travail. Le geste professionnel est pris à la fois dans l’histoire du salarié et dans l’empreinte de l’histoire collective du métier.

La collaboration, la coopération, les sous-entendus, les implicites, les routines de métier, qui imprègnent le geste professionnel, le régule au moment de son effectuation, le borde en lui procurant une contenance.

Il faut donc distinguer le travail collectif qui est une activité mettant en œuvre plusieurs personnes du collectif de travail. Celui-ci repose sur des liens de solidarité et constitue une ressource informelle en transmettant, comme nous venons de le voir, des gestes, des solutions face à des problèmes, etc.

Il peut y avoir du travail collectif sans qu’il y ait de collectif de travail : cette situation étant par ailleurs pathogène (source de détérioration de la santé), puisque cela veut dire que, malgré la présence d’autres personnes à proximité, il n’y a pas de sentiment de solidarité et même, au contraire, en général, un réel sentiment de solitude.

L’analyse de l’activité de travail ne peut donc se faire sans étudier la façon dont les salariés s’approprient les prescriptions et parfois les contournent (mais toujours pour aller dans le sens de ce qui lui est demandé, c’est-à-dire en poursuivant les buts fixés par l’organisation) et ce grâce à une solidarité plus ou moins grande.